
“Je peins les paysages que nous traversons
autant que ceux qui nous habitent.”
Biographie
Née en 1988 dans les Hautes-Alpes, je grandis au contact d'une nature sauvage qui façonne très tôt mon regard. Les montagnes, les forêts et les paysages traversés deviennent les premiers territoires de mon imaginaire et nourrissent une fascination durable pour le lien entre l'être humain et son environnement.
Ingénieure agronome de formation, mes études me conduisent au Chili, en Inde puis en Amazonie brésilienne, où je découvre des cultures profondément ancrées dans leur milieu naturel. Ces expériences renforcent ma sensibilité aux paysages comme espaces de mémoire, de récits et d'émotions.
En 2009, lors d'un séjour à Madrid, je découvre l'aquarelle à l'École d'Architecture. Cette technique, à la fois exigeante et imprévisible, devient mon moyen d'expression privilégié. J'y trouve un équilibre entre maîtrise et lâcher-prise, où l'eau et les pigments participent pleinement à la création.
Installée en Guadeloupe depuis 2010, je puise mon inspiration dans la lumière des Caraïbes, la luxuriance de la végétation, les reliefs volcaniques et la puissance des éléments. Je réalise d'abord des carnets de voyage, avant de développer une œuvre de plus grand format, où le paysage devient le miroir d'une émotion autant qu'un lieu réel.
Depuis 2022, j'expose mon travail aux Mondes du Poisson Lune à Bouillante, un espace dédié à la création locale qui réunit artistes, artisans et visiteurs autour d'une même passion pour le territoire. J'y présente mes aquarelles originales ainsi que des reproductions, et j'y anime également des ateliers d'aquarelle, convaincue que la création artistique est un formidable espace de rencontre, de partage et d'émerveillement.
À travers mes aquarelles, je cherche à révéler la poésie des paysages et la relation sensible qui nous unit au vivant. Je ne cherche pas à reproduire fidèlement le réel, mais à traduire ce qu'il éveille en moi. Les couleurs s'intensifient, les formes se transforment, les premiers plans immersifs plongent le regard jusqu'à la frontière du rêve. Entre observation et imaginaire, mes œuvres invitent le spectateur à ralentir, à voyager et à porter un regard renouvelé sur le monde qui l'entoure.

"L’aquarelle me permet d’accueillir ce qui échappe au contrôle”
Démarche artistique
Je peins moins un sujet qu’une relation. Mes aquarelles naissent d’un dialogue entre ce que j’observe, ce que je ressens et les possibilités qu’offre l’eau. Elles ne cherchent pas à reproduire fidèlement le réel, mais à faire émerger ce qu’il révèle en moi.
Le paysage est devenu mon sujet de prédilection parce qu’il ne constitue jamais un simple décor. Il raconte une histoire, il naît de la relation entre un lieu et celui qui le regarde. Il est pour moi un espace sensible, un lieu où se rencontrent mémoire, émotion et imaginaire.
Je trouve que l’aquarelle est le médium idéal pour explorer cette dimension à la fois intime et universelle. L’eau introduit une part d’imprévu. Elle m’oblige à accueillir ce qui échappe au contrôle et ouvre le dialogue entre intention et hasard. La lumière qu’elle véhicule est fragile, parfois même éphémère, il faut savoir la retenir, sans l’étouffer. L’aquarelle exige une forme de sincérité. Elle ne laisse guère de place à l’artifice : chaque geste demeure visible, chaque intervention dialogue avec les précédentes.
Pour les œuvres de petit format, je travaille souvent en extérieur, j’emmène mon matériel en montagne, sur une plage, ou encore dans mon jardin. J’observe longuement l’eau, la lumière, les couleurs. Je prends le temps de dialoguer avec moi-même. Peindre « sur le motif » me permet d’être au plus près du sujet et de transmettre toute l’atmosphère qui se dégage d’une scène. Les premiers gestes sont rapides et amples. Le choix des couleurs est spontané. Je recherche surtout les contrastes pour créer l’espace. Je travaille souvent en négatif : je révèle les formes par les espaces qui les entourent plutôt qu’en les dessinant directement. Cette manière de peindre laisse davantage place à la lumière et invite le regard à compléter ce qui n’est que suggéré.
Je termine souvent les œuvres sur table dans mon atelier, à partir de photos. Cela me permet de prendre du recul et d’apporter plus de précision. Le travail sur le motif nourrit la mémoire sensible de l’instant ; le retour à l’atelier me permet de laisser émerger ce qui demeure lorsque le lieu n’est plus devant moi.
J’aime dans l’aquarelle cette fluidité qui me permet de construire et déconstruire, ajouter et retirer de la matière. Je travaille d’abord le fond, l’ambiance, puis le détail, les formes, et bien souvent, je finis par retirer de la peinture pour créer des ouvertures et regagner de la transparence. J’aime cette façon de naviguer dans l’œuvre, de la voir se métamorphoser comme les souvenirs au fil du temps. Les pigments sont les mêmes, mais le fait de les déplacer sur le papier crée d’infinies possibilités. A partir des tâches de couleurs initiales, je laisse le paysage apparaître peu à peu. Ce processus de révélation peut prendre une heure comme des semaines. Il m’arrive de redécouvrir une aquarelle accrochée depuis longtemps et d’y percevoir soudain une intervention devenue évidente. Si j’utilise l’eau comme médium et la lumière comme sujet, le temps, lui, est mon processus de création.
A travers mes tableaux, j’invite le spectateur à habiter le paysage autant qu’à le regarder. Si mes œuvres ouvrent un espace où chacun peut éprouver, ne serait-ce qu’un instant, une sensation de liberté, d’émerveillement ou de lien avec le vivant, alors elles ont atteint leur but.
